
Professeur Luke Copland sur le glacier Milne, au nord de l'île d'Ellesmere (mai 2011). Photo par l'étudiante Adrienne White.
Les résultats des recherches effectuées dans le nord de notre continent par le professeur Luke Copland, du Département de géographie, démontrent que les plateformes de glace qui y sont présentes se fractionnent et se détachent de plus en plus rapidement des étendues terrestres.
Cette nouvelle inquiétante reprise le mois passé par plusieurs médias des quatre coins du monde est issue des nombreuses visites effectuées sur ces plateformes de glace dans le nord du Canada par Luke Copland et son équipe depuis 2005.
Par exemple, les chiffres dont dispose le professeur Copland démontrent qu’en 1906, les plateformes de glace longeant l’île canadienne d’Ellesmere atteignaient une superficie d’environ 10 000 km2. Au moment où son équipe et lui ont commencé à recueillir de l’information sur le terrain, ce chiffre avait dramatiquement fondu pour atteindre 1 043 km2. Puis cette année, à peine six ans plus tard, cette mesure s’élève à peine à 560 km2.
« Les plateformes de glace sont en place depuis environ 5 000 ans, mais elles sont toutes en train de s’effondrer », note le chercheur.
À la différence d’un glacier qui par définition est situé sur le sol, les plateformes de glace se forment à la rencontre de l’océan et de la terre. Du fait qu’elles peuvent prendre des proportions extraordinaires, les pièces qui se séparent et partent à la dérive suscitent des inquiétudes chez Luke Copland.
« Pensez à un morceau de glace d’une taille égale ou supérieure à celle de l’île de Manhattan, et d’une épaisseur équivalant à 10 étages; c’est la quantité de glace que nous perdons d’un seul coup », explique le professeur, phénomène d’autant plus préoccupant qu’il se produit très rapidement.
En plus des dangers liés au déplacement de ces « îles de glace » géantes sur l’eau qui pourraient entrer en contact avec les équipements des sociétés pétrolières et engendrer des déversements de pétrole dans l’océan Arctique, le professeur Copland mentionne deux autres conséquences possibles.
Tout d’abord, certains écosystèmes uniques au monde qui se sont formés dans les conditions extrêmes du nord du Canada risqueraient d’être endommagés, ce qui pour Luke Copland serait « une grande perte scientifique ». Sans compter que lorsque certaines parties s’en détachent, le Canada change de forme; il faut alors redessiner les cartes.
Adrienne White, étudiante à la maîtrise en géographie physique, a étudié les changements de ces plateformes de glace avec le professeur Copland. « Ce fut un grand honneur d’étudier les plateformes de glace du nord du Canada auprès du professeur Copland. J’ai ainsi pu me rendre dans l’un des endroits les plus isolés du Canada et voir de mes yeux certains des plus beaux paysages au monde », explique-t-elle.

L'étudiante Adrienne White sur la plateforme de glace de Milne (mai 2011). Photo par Dr Luke Copland.
Malheureusement, les solutions ne sont pas simples. Il n’y a aucun moyen de se débarrasser de ces îles de glace qui vont à la dérive. En effet, aucun bateau ni explosion ne viendrait à bout de ces énormes icebergs. Et même s’il n’a fallu qu’une centaine d’années pour que les plateformes de glace disparaissent à environ 95 %, de l’avis du chercheur, elles pourraient prendre « des décennies, des siècles, voire plus » pour se reconstruire entièrement.
« Il est un peu étrange de voir les choses se transformer si radicalement, si rapidement », dit-il, soucieux de rester objectif même s’il voit disparaître à vue d’œil l’endroit qui l’accueille un mois par année.
Luke Copland et ses collègues tenteront au cours des prochaines années d’expliquer pourquoi le changement se fait aussi rapidement, et ce, en analysant les chutes de neige, la fonte ainsi que les mouvements et le fonctionnement des plateformes de glace.
« Au cours des dix dernières années, ces plateformes de glace se sont effondrées à un rythme effréné; il est stupéfiant de penser que les membres de notre équipe de recherche seront peut-être les dernières personnes à voir ces structures uniques et à y mettre le pied », conclut Adrienne White.









Article fort intéressant! Merci de poursuivre ces études longitudinales pour notre plus grand bénéfice.
Votre connaissance sur ce qui devrait être fait m’intéressera.
Léo-Paul