Portrait de France Martineau : Une linguiste passionnée de la langue de chez nous remporte le Prix d’excellence en recherche

 

Professeure titulaire au Département de français, France Martineau n’en est pas à ses premières distinctions. Cette fois-ci, la chercheuse de renommée internationale dont les travaux ont été plusieurs fois primés remporte le Prix d’excellence en recherche de l’Université d’Ottawa.

« Mon champ d’expertise est la langue française, son histoire passée et actuelle, dans sa dimension internationale et canadienne, et les enjeux sociaux qui sont liés au développement du français dans des contextes multiculturels. La perspective est novatrice parce qu’elle conjugue histoire sociale et sociolinguistique historique », résume-t-elle.

Titulaire de la chaire Langue, identité et migration en Amérique française, directrice de la collection « Voies du français » (Presses de l’Université Laval) et fondatrice du laboratoire Polyphonies du français qu’elle dirige, Mme Martineau a obtenu de nombreuses subventions pour parachever ses recherches. L’octroi continuel de subventions totalisant près de 8 M$ fait d’ailleurs foi de sa notoriété dans le milieu.

Deux projets de recherche de grande envergure
Deux subventions totalisant 5 M$ lui ont permis de mettre en place deux projets interdisciplinaires d’envergure internationale : Modéliser le changement : les voies du français (2005-2010) et, son projet actuel, Le français à la mesure d’un continent : un patrimoine en partage (2010-2017), tous deux subventionnés par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH) dans le cadre des Grands travaux de recherche concertée (GTRC).

« L’histoire de l’Amérique du Nord a commencé au 17e siècle, mais ses origines remontent au Moyen-Âge », précise celle qui mène de front le projet, appuyée par 13 cochercheurs, 88 collaborateurs et partenaires et 40 universités. « L’Amérique du Nord est un excellent laboratoire pour comprendre comment évolue une langue en situation de contact, parce que les francophones ont été en contact entre eux – Québécois, Acadiens, francophones d’Europe – et avec d’autres groupes linguistiques – amérindiens, anglophones, créoles, métis, etc. » Il existe autant de combinaisons que de communautés francophones.

« L’idée, c’est non seulement de comprendre les enjeux de la francophonie actuelle, mais aussi d’en préserver les traces. Or, beaucoup de documents sont en voie de disparaître. C’est le cas notamment en Nouvelle-Angleterre, où la communauté francophone disparaît tranquillement. Si on ne procède pas à des entrevues aujourd’hui, dans 10 ou 20 ans, on ne pourra plus documenter cette communauté puisqu’elle n’existera plus. On s’est donc empressé d’instaurer des protocoles de documentation des communautés francophones et de créer d’énormes bases de données informatiques pour en archiver les traces. »

La particularité du projet, c’est qu’on ne parle pas seulement de communautés francophones, mais d’individus francophones. « Quand on fait l’histoire d’une langue ou d’une communauté, la procédure habituelle, c’est d’aller chercher des documents officiels, car ils sont plus facilement accessibles. Or, notre projet s’en écarte complètement. Pour vraiment comprendre comment les gens parlaient et se sentaient, on doit repérer des documents privés comme des journaux intimes ou des lettres pour suivre des familles sur de longues périodes. » C’est le cas des Campeau et des Barthe qui vivent dans le Détroit et qu’on peut suivre depuis le 18siècle.

« La francophonie de demain, ce sont les jeunes d’aujourd’hui… »
Assurer une relève, voilà un autre point d’ancrage important au sein du projet intitulé Le français à la mesure d’un continent. D’ailleurs, deux initiatives de formation pour les jeunes se tiendront cet été : une école d’été internationale en Louisiane et un atelier animé par Biz, de Loco Locass, où l’on fera intervenir des jeunes francophones d’un peu partout en Amérique du Nord pour parler de la façon dont ils vivent leur francophonie, dans le cadre du Forum mondial de la langue française, à Québec. « La francophonie de demain sera différente de celle d’il y a 50 ans. Les jeunes doivent sentir qu’ils appartiennent à la francophonie. »

Quand elle passe en revue sa carrière, France Martineau se réjouit surtout d’avoir instauré des bases pour mieux comprendre les enjeux de la francophonie d’aujourd’hui, « des passerelles entre les communautés et les disciplines qui ont établi des lieux d’échange dynamiques », termine-t-elle.

1 réponse “Portrait de France Martineau : Une linguiste passionnée de la langue de chez nous remporte le Prix d’excellence en recherche”

  1. Lise Bazinet

    Félicitations, Madame Martineau! Vos recherches sont fascinantes.
    Quelle bonne initiative de documenter le parler des gens en Nouvelle-Angleterre, pendant qu’il est encore temps.

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